Comment le pôle santé saint jean repense la prise en charge de la douleur chronique ?

L’impact psychologique de la douleur chronique : le regard d’une psychologue

Entretien avec Pauline Pacioselli, psychologue de la Polyclinique Saint Jean.

« Depuis plusieurs années j’interviens sur le parcours du Dr. Thiabaud dans la prise en charge des patients souffrant de douleurs chroniques et je constate à quel point la douleur va au-delà des sensations physiques. Les patients que je reçois en consultation décrivent souvent une longue période d’errance médicale et ont dû apprendre à vivre et s’adapter avec des douleurs pas toujours comprises. Il existe une souffrance qui se doit d’être accueillie.

Prendre en compte l’aspect psychologique de la douleur c’est prendre en compte le patient dans sa globalité et en prendre soin. En effet, on observe une corrélation entre l’anxiété, la fatigue, les émotions et l’augmentation des tensions dans le corps et de l’attention portée à celles-ci, qui deviennent de ce fait, beaucoup plus difficiles à supporter. Au contraire, les ressources positives (activités, entourage, émotions agréables et positives) peuvent aider à faire face à ce vécu.« 

Quand la douleur revient une charge mentale

Quand le patient a mal depuis longtemps, il peut se retrouver dans une spirale négative d’anticipation et d’appréhension : être dans l’hypervigilance de son corps et des douleurs. «  Est-ce que je vais avoir mal aujourd’hui, « Est-ce que je vais pouvoir travailler? », « Si je fais cette tâche, cette activité est ce que je vais déclencher une crise ? »… Etc. Cette vigilance accrue est épuisante autant sur le plan physique que psychique. Le quotidien est alors organisé en fonction des douleurs : ne pas bouger (l’évitement)/ou, au contraire, rattraper le retard quand ça va un peu mieux, ce qui peut être tout autant épuisant. 

Les douleurs ont un retentissement majeur sur la qualité de vie et peuvent impacter le plan social (réduction des activités, isolement), le plan professionnel/ scolaire (absences, baisse de productivité), le sommeil, générer de la fatigue, avoir un impact sur le plan familial, relationnel et sur la thymie (majoration de l’anxiété, syndrome dépressif, perte d’intérêt, tristesse, sentiment d’impuissance, d’injustice, perte de libido…). On constate également l’apparition d’une baisse de l’estime de soi, de confiance en soi et un important sentiment de culpabilité. «  Je ne suis plus comme avant », « Je ne me reconnais pas ». Toutes ces émotions ressenties sont complètement légitimes.

Notre rôle en tant que psychologue est d’aider les patients à travailler sur plusieurs aspects du quotidien, par exemple :

  • Faire de la psychoéducation autour du fonctionnement de la douleur chronique  
  • Le sommeil : l’hygiène du sommeil, mise en place d’une routine. 
  • La gestion du stress et de l’anxiété : avec l’utilisation d’outils thérapeutiques dont notamment, la cohérence cardiaque, la méditation, l’hypnose…
  • Travailler sur les pensées automatiques, les ruminations, les émotions, la peur, le sentiment d’impuissance. 
  • Retrouver des ressources positives, retrouver des activités en se fixant des objectifs atteignables et réalisables.
  • Apprendre à reconnaitre et écouter ses limites : accepter de faire moins, de fractionner, de faire des pauses, sans avoir un sentiment « d’échec »
  • Se valoriser : Chaque victoire compte, même les plus petites, valorisez ses efforts

Entretien avec le Dr Sylvain THIABAUD, Médecin Algologue et Président du CLUD de la Polyclinique Saint Jean.

La douleur est un enjeu majeur de santé publique. On estime qu’environ 20 à 30 % des adultes souffrent de douleur chronique. Chaque année, des millions de patients consultent pour ce motif qui représente l’une des premières causes de recours aux soins et d’altération de la qualité de vie.

On distingue la douleur aiguë de la douleur chronique. La douleur chronique persiste au-delà de 6 mois et peut devenir une maladie à part entière. Elle nécessite une prise en charge globale et adaptée en intégrant tous les champs de la vie qui se retrouvent impactés.

Pourquoi la prise en charge de la douleur chronique est-elle aujourd’hui un enjeu majeur ?

« La douleur chronique impacte profondément la qualité de vie dans de nombreux champs : sommeil, fatigue, relations sociales et/ou familiales, activités physiques, travail, loisirs, etc… Elle génère : de l’anxiété, de la dépression. Elle concerne un grand nombre de patients toutes catégories d’âge confondues et nécessite une approche globale et personnalisée. L’impact individuel et sociétal est considérable.

La place et la valeur intrinsèque de la douleur varient énormément d’une population à une autre. L’évolution de notre société doit nous amener à modifier nos pratiques médicales afin de nous adapter aux besoins actuels de nos patients.

L’objectif est de diminuer les douleurs mais avant tout d’améliorer la qualité de vie des patients. Pour cela il convient de favoriser les approches non-médicamenteuses ou alors avec des traitements sans effet indésirable. »

Quelles sont aujourd’hui les solutions pour traiter la douleur ?

Il existe une large palette d’outils thérapeutiques, qu’on adapte à chaque patient et selon les diagnostics :

  • systématiquement une approche globale qui s’inscrit dans le parcours du patient et en prenant en compte le sommeil, le travail, le moral etc.
  • l’intégration et le renforcement d’une activité physique régulière, adaptée et personnalisée
  • des traitements médicamenteux qu’ils soient appliqués localement sur la peau ou bien en comprimés ou encore en perfusions, avec des antalgiques adaptés et ciblés pour les douleurs chroniques et dont certains ne sont disponibles qu’en centre anti-douleur
  • des techniques interventionnelles (infiltrations, blocs nerveux, chirurgies) également adaptées et ciblées aussi bien pour les douleurs aiguës que chroniques
  • des dispositifs médicaux innovants et sans cesse en évolution.

L’enjeu est de combiner ces approches afin d’obtenir le meilleur résultat individualisé pour chaque patient. »

Quand est-il recommandé de consulter un algologue ?

« Lorsque la douleur devient persistante, difficile à soulager ou qu’elle impacte négativement le quotidien. Il faut d’abord consulter son médecin traitant qui reste le pivot central du parcours de soin en France et qui impulse les orientations pour une prise en charge adaptée. L’adressage peut également se faire via un médecin d’une autre spécialité ou d’un chirurgien toujours en collaboration avec le médecin traitant.

Pour détailler différentes situations, une consultation est indiquée :

  • si la douleur dure depuis plus de 6 mois (douleur chronique)
  • si les traitements habituels ne sont pas suffisamment efficaces ou mal tolérés
  • si la douleur perturbe le sommeil, le travail et/ou les activités quotidiennes
  • si la douleur s’accompagne d’un retentissement mental (charge mental, anxiété, découragement)
  • en cas de douleurs complexes (zona, neuropathiques, post-chirurgicales, algodystrophie, fibromyalgie, douleurs séquellaires ou inexpliquées, migraines sévères ou avec d’autres maux de tête associé)
  • en cas de persistance dès 3 et 6 mois si les douleurs ont un risque d’évolution péjorative et séquellaire (zona, algodystrophie)
  • en collaboration avec un chirurgien avant une opération en cas de risque de douleurs chroniques post-chirurgicales. »

On entend de plus en plus parler du Qutenza. De quoi s’agit-il ?

« Le Qutenza est un patch à base de capsaïcine, une substance dérivée du piment. Il fait justement parti des traitements que nous avons à notre disposition dans notre centre anti-douleur. Il est utilisé dans le traitement de certaines douleurs neuropathiques périphériques focales c’est-à-dire des douleurs des nerfs et qui sont localisées sur une surface limitée. On les utilise notamment après un zona, une algodystrophie, des douleurs neuropathiques de sciatiques chroniques ou post-lésionnelles.

Le Qutenza est un traitement topique c’est-à-dire appliqué localement, permettant de limiter les effets secondaires comparativement à un comprimé ou à une perfusion.

Une application répétée de ce patch et espacée de plusieurs mois permet d’avoir une action thérapeutique qui se prolonge dans le temps.

C’est un outil précieux dans notre arsenal thérapeutique. »

Quelles sont ses indications et comment fonctionne-t-il ?

« Le Qutenza a une action double. Il agit tout d’abord en désensibilisant temporairement les récepteurs des fibres nerveuses responsables de la douleur, ce qui explique son action rapide. Puis il va également détruire sélectivement ces récepteurs qui vont réapparaitre progressivement et sans séquelle mais tout en étant moins nombreux et moins sensible, ce qui explique l’action prolongée dans le temps de ce patch car son effet peut durer plusieurs mois.

Son application se fait sous surveillance en milieu médical par une équipe qualifiée et formée à ce dispositif et pendant une durée d’application déterminée au préalable. »

Vous avez développé un parcours spécifique en médecine ambulatoire pour les douleurs chroniques. En quoi consiste-t-il ?

« Effectivement nous avons la chance d’avoir pu mettre en place ce parcours au sein de notre clinique. Il s’adresse à tous les patients souffrant de douleurs chroniques complexes.

Ce parcours leur est proposé lors d’une première évaluation médicale et si le patient l’accepte il est programmé en médecine ambulatoire. Une approche pluridisciplinaire permet d’étoffer la proposition du plan de soins personnalisé.

Une infirmière réalise un bilan général complet (antécédents, habitudes de vie, évaluation précise de la douleur, historique des moyens et traitements antalgiques déjà essayés). Un pharmacien analyse les traitements pour évaluer les possibles interactions. Ensuite une psychologue évalue l’impact émotionnel des douleurs et la qualité de vie des patients, puis propose un panel d’outils de psychothérapie ciblé et adapté aux douleurs chroniques et oriente si besoin vers un soutien psychologique temporaire. Elle guide le patient dans le choix des techniques disponibles.

Pour finir, j’interviens auprès des patients au terme de leur parcours afin de dresser le bilan de leur suivi. »

La prise en charge des douleurs chroniques est pluridisciplinaire : médicale, psychologique, sociale… notre but commun vise à ce que les patients ne se définissent plus par leurs douleurs, et qu’ils en reprennent le contrôle.

« Comprendre ma douleur m’a permis de reprendre le contrôle de ma vie » – Sylvain, 40 ans, opéré d’une arthrodèse

« Avec ma pathologie rachidienne, le quotidien était devenu une lutte permanente contre la douleur. Pour tenir, j’étais sous opioïdes et antalgiques très puissants. Les effets secondaires étaient lourds : une fatigue écrasante, de l’irritabilité et un début d’addiction. Mon orientation vers un médecin algologue a été un véritable sauvetage.

Dès la première consultation, la différence s’est faite sentir. Il a pris le temps de m’expliquer clairement l’origine de mes douleurs. Mettre des mots et de la logique sur ce que l’on ressent dans son corps, c’est déjà aider la tête à l’accepter.

Nous avons construit la prise en charge ensemble, en ajustant les traitements à mon rythme et selon mes retours. C’est ainsi que nous avons mis en place des patchs de Qutenza, qui ont eu un impact très positif et durable sur mon soulagement.

Aujourd’hui, nous ne nous voyons plus que toutes les 8 à 12 semaines. Grâce aux connaissances qu’il m’a transmises et aux ajustements apportés à mon hygiène de vie, mes journées sont devenues beaucoup plus simples à gérer. Ce travail d’équipe m’a redonné la liberté d’avancer : je peux désormais me projeter, faire des choix pour mon avenir et aborder sereinement une reconversion professionnelle. »

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